par Martine Meirieu


 Celui qui vient vers nous est un tranger, quoi le reconnais tu ? A ses yeux, son sourire, sa dmarche. Je ne vois rien en lui qui ne soit lapanage de nous tous. Ltranger te permet dtre toi mme en faisant de toi un tranger. 

 Edmond JABES

Laventure artistique dEolo sancre dans la mmoire, mmoire de  lhumanitude  comme lentend Albert Jacquard, mmoire originelle comme la fait resurgir Fernand Deligny (1). partir des archtypes jungiens , mmoire universelle de la condition humaine, de ses passions et de ses travers, de ses peurs et de ses angoisses, dont les grands textes littraires se font lcho. (2)

Pour illustrer cette dmarche, trois exemples emblmatiques dans lhistoire dEolo

Le Geste

A lorigine de notre rflexion, il y a la rencontre avec le monde du handicap mental et le mystre quinstaure chacun lorsqu au dtour dune improvisation nous voyons merger une pieta italienne (3 )qui sert dans ses bras un enfant en partance avec la certitude rsigne dune souffrance invitable. Peu peu simpose nous comme une vidence lide dun langage universel qui ptrit lhumain, quil soit dans la norme ou hors norme et en fait la caisse de rsonance des mythes fondateurs dans le temps singulier de la cration.`

Plusieurs de nos ateliers se dclinent dans un langage corporel car les participants nont pas accs la parole. Les gestes retenus nous diront le dsir daimer, certains gestes saccads la colre, des mains tendus le dsir, des regards la tendresse : ces mots sans les dire crent une subtile complicit entre acteurs et spectateurs qui voient merger devant eux lcho de leur passion. Parfois cest un choc, et jai toujours not au gr des performances et travaux dateliers partags que cest la ressemblance avec lautre diffrent qui bouleverse le spectateur et non pas sa divergence. Nous pouvons toujours aller vers autrui avec une certaine compassion, voire de la condescendance mais le don de soi ne se constitue vraiment que dans la reconnaissance de ce quapporte lautre en change. Car sinon le don est en sens unique et limage de la relation Nord/Sud il enferme celui qui reoit dans sa dpendance alors quil a tant donner et que le chemin de lquilibre se trouve dans le  contre don  (4).

Ce  moindre geste  comme le nomme Fernand Deligny,  ce  moindre mot   comme lentend Nicolas Philibert dans son magnifique film tourn la clinique de Laborde autour de lexprience de Jean Oury, nous redisent notre humaine condition ,partage sur la scne qui que nous soyons et do que nous parlions. Dans ce lieu le patient est lauteur de son espace de soin au mme titre que lacteur porteur de handicap est porteur de lui mme dans les ateliers dEolo.

Le geste et le mot 

Dautres ateliers comme ceux  dOpra ct cour  dcrit dans ce livre par Serge Dorny, directeur de lOpra de Lyon, conduisent les participants se confronter de grands textes classiques. Jeunes autistes, malentendants,lves d coles lmentaires dans un rseau de russite scolaire  inventent leur manire un langage singulier autour duvres fondatrices. Confronts Romo et Juliette, Hans et Gretel, Barbe Bleue ou lArche de No, ils semparent de ce qui fonde lhumain : amour, peur, doute, fatalit, justice et injustice se dclinent sur un geste ou sur un mot.

Dans le spectacle davril 2010 lAmphithtre de lOpra, les jeunes malentendants de lU.P.I du Collge du Tonkin Villeurbanne,interprtent la fuite dHans et Gretel travers la fort en les perdant dans la jungle de la ville. Les images des tours de leur cit filmes par leur soin et traites en direct(5) dfilent sur le mur derrire eux et une silhouette minuscule dun enfant perdu se dessine puis sloigne au rythme de sa peur Pas de mots, des signes, un chuchotement

Les lves de lcole Michel Servet du RRS de la Croix Rousse, o se croisent des enfants de toutes les origines, de toutes les cultures et de tous les milieux chantent la triste histoire de deux petits enfants abandonns dans un supermarch alors que leurs parents sans papiers nont rien leur donner manger. Musique, chorgraphie, jeu thtral.

A lcole Victor Hugo, les enfants relatent avec humour lhistoire dun frre et dune sur qui se dtestent comme beaucoup dentre eux aiment le souligner : ils finissent par savoir quils peuvent compter lun sur lautre quand la nuit tombe et que la fort les engloutit.
Des mots, des mots et des sons lgers

A lITEP de Villeurbanne, des adolescents inquiets nous livrent leurs angoisses dans un univers bizarre peupl dhommes en chapeaux melon et de silhouettes dgingandes, un parapluie sous le bras.

Le geste, le dplacement et tout dun coup la magie de la voix dune jeune fille noire qui chante a capella, avec une nergie peu commune, une chanson quelle aime en anglais

Quatre spectacles autour dun mme thme, quatre langages diffrents et un seul temps dmotions et de partage pour un public aussi divers que les acteurs La dmarche dEolo autour  dOpra ct cour  inscrit le public et le comdien, le musicien, le danseur, dans une culture commune. Un temps universel qui tient compte de la singularit de chacun et  donne voir  une humanit en partage. Le temps du processus est cette conjugaison respectueuse du savoir-faire de lartiste et de la parole de lenfant, le temps de la reprsentation est cet instant magique qui abolit les dterminismes sociaux dans la cration.

En dbut datelier, les intervenants racontent le dbut de lhistoire, ils laissent la fin en suspens et les enfants sen emparent pour se lapproprier leur faon tout au long du travail. Chaque thmatique est revisite, lartiste pose des jalons, ttonne, cherche avec la classe : il se doit dabord de laisser lautre sexprimer pour devenir auteur. Auteur dun jour dans le spectacle, auteur de sa vie peut-tre un instant seulement. Un instant pourtant dcisif qui lamne par le choc esthtique rentrer dans une dynamique de changement, dpasser ses prjugs, casser les ghettos du quotidien pour se dire dans la nudit de lacteur, sous le faisceau du projecteur.

La confrontation avec luvre

Dautres ateliers que lon pourrait qualifier dinterculturels franchissent les frontires. Dans un premier temps ils mettent en scne de jeunes adultes sngalais et des franais venus de la ville de Vnissieux autour des textes de Leopold Sedar Senghor en septembre 2006 Joal  au Senegal loccasion de lanniversaire de sa naissance. Confront la rigueur du langage du pote, chacun dentre eux est renvoy sa relation avec le savoir. Ici la peur de la culture, l la fiert de sa ngritude Ici lagressivit envers sa langue, l lhonneur de chanter la beaut de son continent noir en articulant voix fortes pour donner en partage Ici la raillerie sous jacente, l le respect et lallure Dans le creuset dune langue commune sur la terre africaine, le rapport Nord/ Sud sinverse et les deux artistes chargs de la mise en scne moussent leur savoir faire la brutalit de cette contradiction. Lexigence professionnelle  (6) allie la gnrosit du projet ne suffisent pas instaurer un espace commun et lcart se creuse : les jeunes sngalais semparent de lespace scnique, les autres sen excluent nous renvoyant au paradoxe de ces changes.

Mais la logique dEolo est de toujours (re)commencer , tenter de (re)btir, donner une chance la chance, ne jamais se dcourager devant lampleur de la tche et les difficults qui sont inhrentes notre projet. Des ateliers reprennent en janvier 2007 autour de ce spectacle sous le regard bienveillant de Thierry Auzer et de son quipe, avec des jeunes de Vaulx en Velin, de Vnissieux, du quartier des Etats Unis dans le 8 ime arrondissement, du 5 Ime Peu peu la curiosit pour loeuvre nat et la dmarche artistique rassemble. Ici et l les voix se mlent au son du balafon, ici et l le texte jaillit en hommage aux tirailleurs sngalais, aux hommes noirs et blancs couchs dans les tranches de Verdun. Ici et l, les danseurs nous disent lhomme Senghor partag entre deux continents, deux religions, deux destins. Ici et l renat lcrivain si fier de sa dignit dhomme noir.

Sur la scne, en clture de la semaine de la francophonie voluent en harmonie des artistes amateurs colombiens, sngalais, marocains, algriens, franais autour dun musicien ivoirien, dun danseur congolais , dune comdienne franaise . Ensemble ils sinscrivent dans le partage de la langue exigeante dun des plus grands potes francophones, acadmicien franais de surcrot. Le pari est gagn, luvre a ciment.

Abolir les frontires

En diversifiant les approches, en multipliant les sensibilits artistiques- danse, musique, thtre- Eolo essaie de mettre en accord, ses convictions de cration, sa stratgie pdagogique et la prise en compte de la diversit sociale et culturelle.

Eolo tente dabolir les frontires au travers duvre et dmotions universelles dans un dialogue permanent entre les artistes qui fonctionnent en tandem pour laisser un espace de libert tous ceux qui participent aux ateliers.

 La posture dEolo amne parier sur la crativit de chacun et engage la trouver : la transformation dobjet amne chacun dpasser sa reprsentation du monde. Les jeux avec les mots le conduisent jongler avec le prsent, la confrontation avec luvre sinscrire dans le temps.

Eolo nadapte pas les consignes : chacun sen empare avec son langage particulier pour viter de senfermer dans son handicap.

Le choix d Eolo est pour des artistes souvent politique, militant ou social. Il est toujours artistique. Il

sagit pour nous de subvertir la ralit du monde, de lautre handicap, de la notre aussi ...

Pour nous  enfin, les artistes anonymes croiss dans nos ateliers au fil du temps,chappent au chagrin de leur jour ,les yeux tourns vers l avenir, et sont les crateurs de limpossible. Ils nous rconcilient avec le monde et nous apprennent lutter, nous dresser pour avancer. ..

NOTES :

 

1/In Martine Meirieu se( re)connatre par le thtre ,juin 2002 P19.

 

2/In Martine Meirieu se (re)connatre par le thtre juin 2002 p34

 

3/In Martine Meirieu se (re)connatre par le thtre1,re dition,septembre 1996 p 86.

 

4/ Voir le livre de Claude Chalaguier, travail ,culture et handicap,le centurion,Paris 1992.

 

5/ il sagit dun remarquable travail men en atelier par Benjamin Nid,vidaste et musicien contemporain.

 

6/ Martine Meirieu et Pline Mounzeo,danseur de la compagnie  premier temps ont fait la mise en scne du  spectacle Leopold Sedar Senghor et le pays srre, prsent Joal le 9 octobre 2006. Il a t repris pour la clture de la semaine de la francophonie au thtre des asphodles le 20 mars 2007 ,puis dans le cadre de  Tout le monde dehors  ,place gnral Andr dans le 8 ie arrondissement de Lyon et la Cit de la Sarra dans le 5 ime, les 22 et 23 juin 2007.

Celui qui vient vers nous est un tranger, quoi le reconnais tu ? A ces yeux, son sourire, sa dmarche. Je ne vois rien en lui qui ne soit l'apanage de nous tous. L'tranger te permet d'tre toi mme en faisant de toi un tranger. Edmond JABE

L'aventure artistique d'Eolo s'ancre dans la mmoire, mmoire de l'humanitude comme l'entend Albert Jacquard, mmoire originelle comme l'a fait resurgir Fernand Deligny1 partir des archtypes jungiens , mmoire universelle de la condition humaine, de ses passions et de ses travers, de ses peurs et de ses angoisses, dont les grands textes littraires se font l'cho.2

Pour illustrer cette dmarche, trois exemples emblmatiques dans l'histoire d'Eolo...

Le Geste

A l'origine de notre rflexion, il y a la rencontre avec le monde du handicap mental et le mystre qu'instaure chacun lorsqu'au dtour d'une improvisation nous voyons merger une pieta italienne3 qui sert dans ses bras un enfant en partance avec la certitude rsigne d'une souffrance invitable. Peu peu s'impose nous comme une vidence l'ide d'un langage universel qui ptrit l'humain, qu'il soit dans la norme ou hors norme et en fait la caisse de rsonance des mythes fondateurs dans le temps singulier de la cration.

Plusieurs de nos ateliers se dclinent dans un langage corporel car les participants n'ont pas accs la parole. Les gestes retenus nous diront le dsir d'aimer, certains gestes saccads la colre, des mains tendus le dsir, des regards la tendresse : ces mots sans les dire crent une subtile complicit entre acteurs et spectateurs qui voient merger devant eux l'cho de leur passion. Parfois c'est un choc, et j'ai toujours not au gr des performances et travaux d'ateliers partags que c'est la ressemblance avec l'autre diffrent qui bouleverse le spectateur et non pas sa divergence. Nous pouvons toujours aller vers autrui avec une certaine compassion, voire de la condescendance mais le don de soi ne se constitue vraiment que dans la reconnaissance de ce qu'apporte l'autre en change. Car sinon le don est en sens unique et l'image de la relation Nord/Sud il enferme celui qui reoit dans sa dpendance alors qu'il a tant donner et que le chemin de l'quilibre se trouve dans le contre don .4

Ce moindre geste comme le nomme Fernand Deligny, ce moindre mot comme l'entend Nicolas Philibert dans son magnifique film tourn la clinique de Laborde autour de l'exprience de Jean Oury, nous redisent notre humaine condition , partage sur la scne qui que nous soyons et d'o que nous parlions. Dans ce lieu le patient est l'auteur de son espace de soin au mme titre que l'acteur porteur de handicap est porteur de lui mme dans les ateliers d'Eolo.


Le geste et le mot

D'autres ateliers comme ceux d'Opra ct cour dcrit dans ce livre par Serge Dorny, directeur de l'Opra de Lyon, conduisent les participants se confronter de grands textes classiques. Jeunes autistes, malentendants, lves d'coles lmentaires dans un rseau de russite scolaire inventent leur manire un langage singulier autour d'uvres fondatrices. Confronts Romo et Juliette, Hans et Gretel, Barbe Bleue ou l'Arche de No, ils s'emparent de ce qui fonde l'humain : amour, peur, doute, fatalit, justice et injustice se dclinent sur un geste ou sur un mot.

Dans le spectacle d'avril 2010 l'Amphithtre de l'Opra, les jeunes malentendants de l'U.P.I du Collge du Tonkin Villeurbanne,interprtent la fuite d'Hans et Gretel travers la fort en les perdant dans la jungle de la ville. Les images des tours de leur cit filmes par leur soin et traites en direct5 dfilent sur le mur derrire eux et une silhouette minuscule d'un enfant perdu se dessine puis s'loigne au rythme de sa peur... Pas de mots, des signes, un chuchotement ...

Les lves de l'cole Michel Servet du RRS de la Croix Rousse, o se croisent des enfants de toutes les origines, de toutes les cultures et de tous les milieux chantent la triste histoire de deux petits enfants abandonns dans un supermarch alors que leurs parents sans papiers n'ont rien leur donner manger. Musique, chorgraphie, jeu thtral.

A l'cole Victor Hugo, les enfants relatent avec humour l'histoire d'un frre et d'une sur qui se dtestent comme beaucoup d'entre eux aiment le souligner : ils finissent par savoir qu'ils peuvent compter l'un sur l'autre quand la nuit tombe et que la fort les engloutit.

Des mots, des mots et des sons lgers ...

A l'ITEP de Villeurbanne, des adolescents inquiets nous livrent leurs angoisses dans un univers bizarre peupl d'hommes en chapeaux melon et de silhouettes dgingandes, un parapluie sous le bras.

Le geste, le dplacement et tout d'un coup la magie de la voix d'une jeune fille noire qui chante a capella, avec une nergie peu commune, une chanson qu'elle aime en anglais...

Quatre spectacles autour d'un mme thme, quatre langages diffrents et un seul temps d'motions et de partage pour un public aussi divers que les acteurs... La dmarche d'Eolo autour d'Opra ct cour inscrit le public et le comdien, le musicien, le danseur, dans une culture commune. Un temps universel qui tient compte de la singularit de chacun et donne voir une humanit en partage. Le temps du processus est cette conjugaison respectueuse du savoir-faire de l'artiste et de la parole de l'enfant, le temps de la reprsentation est cet instant magique qui abolit les dterminismes sociaux dans la cration.

En dbut d'atelier, les intervenants racontent le dbut de l'histoire, ils laissent la fin en suspens et les enfants s'en emparent pour se l'approprier leur faon tout au long du travail. Chaque thmatique est revisite, l'artiste pose des jalons, ttonne, cherche avec la classe : il se doit d'abord de laisser l'autre s'exprimer pour devenir auteur. Auteur d'un jour dans le spectacle, auteur de sa vie peut-tre un instant seulement. Un instant pourtant dcisif qui l'amne par le choc esthtique rentrer dans une dynamique de changement, dpasser ses prjugs, casser les ghettos du quotidien pour se dire dans la nudit de l'acteur, sous le faisceau du projecteur.


La confrontation avec l'uvre

D'autres ateliers que l'on pourrait qualifier d'interculturels franchissent les frontires. Dans un premier temps ils mettent en scne de jeunes adultes sngalais et des franais venus de la ville de Vnissieux autour des textes de Leopold Sedar Senghor en septembre 2006 Joal au Senegal l'occasion de l'anniversaire de sa naissance. Confront la rigueur du langage du pote, chacun d'entre eux est renvoy sa relation avec le savoir. Ici la peur de la culture, l la fiert de sa ngritude... Ici l'agressivit envers sa langue, l l'honneur de chanter la beaut de son continent noir en articulant voix fortes pour donner en partage... Ici la raillerie sous jacente, l le respect et l'allure ... Dans le creuset d'une langue commune sur la terre africaine, le rapport Nord/ Sud s'inverse et les deux artistes chargs de la mise en scne moussent leur savoir faire la brutalit de cette contradiction. L'exigence professionnelle (6) allie la gnrosit du projet ne suffisent pas instaurer un espace commun et l'cart se creuse : les jeunes sngalais s'emparent de l'espace scnique, les autres s'en excluent ... nous renvoyant au paradoxe de ces changes.

Mais la logique d'Eolo est de toujours (re)commencer , tenter de (re)btir, donner une chance la chance, ne jamais se dcourager devant l'ampleur de la tche et les difficults qui sont inhrentes notre projet. Des ateliers reprennent en janvier 2007 autour de ce spectacle sous le regard bienveillant de Thierry Auzer et de son quipe, avec des jeunes de Vaulx en Velin, de Vnissieux, du quartier des Etats Unis dans le 8e arrondissement, du 5e... Peu peu la curiosit pour l'oeuvre nat et la dmarche artistique rassemble. Ici et l les voix se mlent au son du balafon, ici et l le texte jaillit en hommage aux tirailleurs sngalais, aux hommes noirs et blancs couchs dans les tranches de Verdun. Ici et l, les danseurs nous disent l'homme Senghor partag entre deux continents, deux religions, deux destins. Ici et l renat l'crivain si fier de sa dignit d'homme noir.

Sur la scne, en clture de la semaine de la francophonie voluent en harmonie des artistes amateurs colombiens, sngalais, marocains, algriens, franais autour d'un musicien ivoirien, d'un danseur congolais , d'une comdienne franaise . Ensemble ils s'inscrivent dans le partage de la langue exigeante d'un des plus grands potes francophones, acadmicien franais de surcrot. Le pari est gagn, l'uvre a ciment.

Abolir les frontires

En diversifiant les approches, en multipliant les sensibilits artistiques - danse, musique, thtre - Eolo essaie de mettre en accord, ses convictions de cration, sa stratgie pdagogique et la prise en compte de la diversit sociale et culturelle.

Eolo tente d'abolir les frontires au travers d'uvre et d'motions universelles dans un dialogue permanent entre les artistes qui fonctionnent en tandem pour laisser un espace de libert tous ceux qui participent aux ateliers.

La posture d'Eolo amne parier sur la crativit de chacun et engage la trouver : la transformation d'objet amne chacun dpasser sa reprsentation du monde. Les jeux avec les mots le conduisent jongler avec le prsent, la confrontation avec l'uvre s'inscrire dans le temps.

Eolo n'adapte pas les consignes : chacun s'en empare avec son langage particulier pour viter de s'enfermer dans son handicap.

Le choix d' Eolo est pour des artistes souvent politique, militant ou social. Il est toujours artistique. Il

s'agit pour nous de subvertir la ralit du monde, de l'autre handicap, de la notre aussi ...

Pour nous enfin, les artistes anonymes croiss dans nos ateliers au fil du temps chappent au chagrin de leur jour, les yeux tourns vers l'avenir, et sont les crateurs de l'impossible. Ils nous rconcilient avec le monde et nous apprennent lutter, nous dresser pour avancer...

Martine Meirieu

NOTES :

1/In Martine Meirieu se( re)connatre par le thtre ,juin 2002 P19.

2/In Martine Meirieu se (re)connatre par le thtre juin 2002 p34

3/In Martine Meirieu se (re)connatre par le thtre1,re dition,septembre 1996 p 86.

4/ Voir le livre de Claude Chalaguier, travail ,culture et handicap,le centurion,Paris 1992.

5/ il s'agit d'un remarquable travail men en atelier par Benjamin Nid,vidaste et musicien contemporain.

6/ Martine Meirieu et Pline Mounzeo,danseur de la compagnie premier temps ont fait la mise en scne du spectacle Leopold Sedar Senghor et le pays srre, prsent Joal le 9 octobre 2006. Il a t repris pour la clture de la semaine de la francophonie au thtre des asphodles le 20 mars 2007 ,puis dans le cadre de Tout le monde dehors ,place gnral Andr dans le 8 ie arrondissement de Lyon et la Cit de la Sarra dans le 5 ime, les 22 et 23 juin 2007.